LA NUIT
Heure des sources découvertes,
Heure où l'on regarde dans les âmes – comme dans les yeux.
Ce sont les écluses béantes du sang !
Ce sont les écluses béantes de la nuit !
Le sang a jailli, à l'image de la nuit
Le sang a jailli, à l'image du sang
La nuit a jailli ! (Heure des sources auditives
Quand le monde entre dans nos oreilles – comme dans les yeux !)
Rideau du monde visible ôté !
Accalmie manifeste du temps !
Heure où, ouvrant grand l'oreille, comme la paupière,
Nous ne pesons plus, ne respirons plus : nous entendons.
Le monde s'est retourné tel le pavillon entier
De l'oreille : pavillon absorbant
Les sons – avec l'âme entière !
Heure où l'on se blottit dans les âmes – comme dans les bras !
Marina Tsvétaïéva, 12 mai 1923
(traduction Chantal Crespel)